lundi 29 avril 2013

La main du bon samaritain

C’est un soleil d’avril qui charme les dernières glaces qui sillonnent le fleuve. Quelques brindilles oubliées trouvent refuge dans les mains de trois enfants sans souliers. Des cercles naissent du jeu sur l’eau. Puis, une chute.

Retentissent les cris de deux enfants perdus dans le drame d’un frère immergé.  L’enfant endormi par le froid se laisse entraîner dans un rêve, sourire aux lèvres, impassible, alors que l’eau lentement s’infiltre dans ses petits poumons. Le corps s’amuse entre deux eaux au rythme de légers remous.

Une chaloupe s’approche. Un regard cherche. Une main saisit. Une bouche se pose sur celle de l’enfant. Un trop plein d’eau surgit. L’enfant respire, les yeux fermés, emmitouflé dans un doux songe d’une autre vie.

Devant la porte de la maison, deux enfants et un homme, à ses mains deux petits souliers. Plus tard, une mère auprès de l’enfant qui grelotte. Lorsque ses paupières se soulèvent, la plus belle conversation de sourires.

Je serai à jamais reconnaissant pour ta main ce jour là.

lundi 18 février 2013

Des grains d'un blanc sombre

C’est une toile blanche d’une neige nouvelle à peine déposée. Aucun faux pas sur l’immaculée, aucune ombre, que l’aurore d’une vie dans la lumière qui s’étale. En attente du geste, elle invente un langage, s’étire dans le désir, enfante des milliers de demains habillés d’un souffle ingénu.



Des pas ensuite. Des pas lents, inconnus, et des teintes de sable que soulève le vent. Alors que l’aube s’engonce dans un voile obscur, au cœur s’incrustent les premiers grains d’un blanc sombre à perte de vue. Le gris se dépose au bout des lèvres. Angélique.

La nuit s’installe; sous des airs ténébreux, implore l’indulgence du regard. Dans une valse de clair-obscur, une colombe pose sa tête contre l’aile d’un corbeau. Du sombre émane un fragile parfum de vérité; du clair, une paix intense.

Tout est parfait.

mardi 11 décembre 2012

Les plaisirs de l'enfance


 
Le mercredi, c'est la fête. C'est le jour où je vais chercher à la garderie Zoé et Mya, les filles de Malika. Pas tous les mercredis, on attends que les effets du traitements se soient un peu dissipés avant de faire la fête, mais disons que nous anticipons tous les quatre ce moment avec une certaine impatience à laquelle s'ajoute une pluie de sourires. Quel plaisir nous a fait l'appel de Malika la semaine dernière; elle nous disait que les filles avaient fait une petite crise le matin disant ne pas vouloir aller à la garderie, elles voulaient plutôt aller, et je les comprends, chez grand-maman Lili et grand-papa. Ça met un sourire dans le coeur pour des jours et des jours d'entendre ces mots.

On a passé la soirée à s'amuser, à rire, à danser, à se chatouiller, on a manger des nouilles (que grand-papa essayait de nous voler même lorsqu'elles pendaient sur le bord de nos lèvres) et des légumes (il faut toujours des légumes), mais surtout des framboises; on prenait plaisir à insérer notre petit doigt bien au centre avant des les faire disparaître et les entasser dans notre bouche.

Puis il y a eu l'heure du bain, et les sauts sur le lit avec Lili avant de mettre les pyjamas.

Au moment du départ, les bisous, des calins et des "je t'aime" qui résonnent longtemps après leur départ.

Merci pour ces deux anges qui prennent si bien soin de nous et qui nous apprennent le précieux du moment présent.


 
"…les enfants ont un privilège : on ne leur demande pas de justifier leur existence. On ne demande pas à un enfant ce qu’il fait dans la vie. On le sait bien : il joue, il pleure, il rit. Il vit –
et ça suffit pour vivre…"

La merveille et l’obscur de Christian Bobin
 
 
 

 

vendredi 23 novembre 2012

Écris ta vie sur moi


Ce soir, je suis revenu du bureau avec le coeur qui vibrait au son d'une chanson de Richard Séguin; sa voix chaude parlait d'un sentier secret. En quelques minutes, j'étais complètement ému et j'avais peine à retenir mes larmes. Ce "sentier secret" c'est ce chemin intime, cette voie où l'on laisse entrer l'être aimé, cet endroit où, sans crainte d'être vulnérable, l'on permet à l'autre de nous rejoindre, ce lieu illuminé, bien collé sur notre âme. 

Le lien qui existe entre Lyne et moi, cette force qu'insuffle nos échanges et l'écoute et le respect qui les enveloppent, ces mots que l'on se murmure, ces regards qui nous traversent, ce sentiment de confiance qui m'habite et ce désir d'engagement qui caractérise chacun de mes pas à ses côtés depuis que nos chemins se sont croisés, tout cela à un prix. Ce que tu affrontes, je l'affronte aussi. Tes souffrances et les inquiétudes qui assaillent tes jours comme tes nuits teintent le rythme de mes pas. Malgré tout, je dis OUI! Écris ta vie sur moi aujourd'hui et demain et vivons ce que la vie nous offre.

L'émotion qui pressait mon coeur ce soir trouvait sa source dans les craintes que ce cancer fait naître et l'approche de cet autre traitement que devra recevoir Lyne mardi prochain.  Chaque traitement rapproche ma douce d'une guérison; chaque traitement porte néanmoins la mort, celle de nombreuses cellules saines qui l'habitent.  Depuis 5 mois, chaque jour est un défi, pour elle comme pour moi, et même si tous deux demeurons bien positifs et prenons plaisir à prendre soin l'un de l'autre, à surveiller notre alimentation ainsi que notre santé tant physique qu'émotionnelle, il y a de ces moments où nous nous sentons fragiles.  Ce soir, c'est mon tour. Quand je suis entré et que j'ai fait jouer cette chanson de Seguin et que je t'ai amenée danser au salon, bien collée, c'était pour moi, j'avais besoin de tes mains amoureuses et rassurantes. Aimer, c'est aussi, parfois, souffrir de devoir accepter la vie dans ce qu'elle a de moins rose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

vendredi 19 octobre 2012

Tu es belle

 

Depuis ce jour où je t’ai rencontrée, ce jour de juin dans le jardin de nos amis, j’ai su que tu étais belle. Tu avais cette présence pleine d’assurance, ce regard qui parlait de vérité; tu portais en toi un désir de vivre intensément, tes mots s’allongeait en moi comme le font les paroles qui ressourcent et…ce parfum que tu portais, celui de tes sourires qui ne cessait de se répandre en moi. Ton allure, ta démarche, ce plaisir qui t’habitait, tes cheveux courts qui m’offraient le plaisir de découvrir ta nuque, tu transpirais le « bon », tu portais les traces d’un bonheur prêt à être cueilli.
Il y a près d’une semaine, lorsque je coupais tes cheveux et découvrais la peau que tu cachais dessous, lorsque mes mains ont caressé ton crâne tout lisse, j’ai à nouveau réalisé que ta beauté dépassait ces milliers de cheveux qui pouvaient recouvrir ta tête.  Le cancer ne peut cacher l'évidence: avec ou sans cheveux, TU ES BELLE, tu rayonnes, tu combles mes jours d’un bonheur aux couleurs d’automne.

mardi 2 octobre 2012

Se servir de l'inévitable

Lyne avait laissé une pensée près de de l'ordinateur.

"Happiness doesn,t depend on who you are and what you have; it depends solely upon what you think"

Le bonheur ne repose pas sur qui tu es ou ce que tu possèdes, il repose entièrement sur ce que tu penses.

C'est une pensée de Dale Carnegie. J'étais intrigué de savoir quel type d'homme avait bien pu écrire cette pensée et dans quel contexte. Dale Carnegie est un conférencier devenu célèbre parce qu'il est l'auteur du livre Comment se faire des amis, traduction française du Best Seller How to win friends and influence people qui s'est vendu à plus de 4 millions d'exemplaires.

J'ai lu qu'une autre de ses célèbres citations était Cooperate with the inevitable. Ça m'a fait penser à tous ces traitements qui vise à faire disparaître le cancer. Je jongle depuis plus d'une heure avec cette pensée et je parviens pas à voir comment on peut coopérer avec le cancer. L'image qui me vient, c'est plutôt celle de quelqu'un qui pratique le Aikido. Pour se défendre, il utilise la force de l'autre pour le renverser ou le maîtriser; l'idée n'est pas de vaincre l'adversaire, mais plutôt de réduire à néant ses tentatives d'agression.


C'est un peu ce que Lyne fait présentement, elle se sert du cancer afin de renverser les éléments de sa vie qui nuisaient à sa santé. Prendre soin de soi, éliminer au maximum les situation de stress, bien s'alimenter, et rétablir les priorités, la plus importante étant la présence de la création dans son quotidien. Je suis revenu du travail hier; elle m'attendait avec un sourire et une certaine sérénité planait dans son atelier. Personne ne devrait attendre d'avoir un cancer pour, enfin, faire certains choix qui donnent vie.

Pour lire le blogue de Lyne, visiter http://lynemeditatio.blogspot.ca
 

vendredi 28 septembre 2012

Qu'est-ce que je peux faire?

Lyne a reçu ses premiers traitement de chimiothérapie cette semaine et, malgré le fait que nous avons lu passablement de choses sur tous les aspects du cancer, je me sens comme si j'étais passé à côté de quelque chose, comme s'il y avait encore certaines choses que je devrais savoir ou faire afin de l'aider, de lui enlever un peu de stress ou du moins rendre sa vie plus agréable.

Je me sens comme si elle était enceinte, tout se passe en dedans d'elle et elle est la seule qui puisse le ressentir.

Ce matin, dans mon désir d'être plus présent, mieux présent, j'ai cherché sur internet et j'ai trouvé ce texte : Qu'est-ce qu'un mari peut faire pour aider sa femme à faire face à un cancer? http://www.quora.com/What-can-a-husband-do-to-support-his-wife-through-breast-cancer

Ce texte m'a réellement fait du bien.

Ce qui me rassure dans ma relation avec Lyne, c'est qu'elle me parle et sait exprimer ce qu'elle ressent et ses besoins. Je lui suis reconnaissant pour cela. On jase et on échange nos idées à propos des différents moyens que l'on peut prendre pour aider son corps et son esprit à traverser ce moment plus difficile de sa vie, on parle de nutrition, de stress et d'un style de vie qui puisse mieux respecter ses besoins. Lorsqu'on échange ainsi, je sens réellement que nous faisons équipe pour faire face à ce cancer.

Je vais suivre les recommandations de Jennifer Moore Ballentine :"Ce que doit faire tout mari qui désire apporter son support à sa femme qui est prise avec un cancer: l'aimer, la chérir, l'honorer, la protéger, l'amuser, la stimuler, la réconforter, l'aider et partager avec elle...et encore plus de tout ça.

YOU WILL FIND THE ENGLISH TRANSLATION OF THIS BLOG ON http://lynemeditatio.blogspot.ca/